Togo : Les partis d’opposition bientôt interdits ?

En cette année 2023, s’achemine-t-on vers l’interdiction de partis politiques de l’opposition ? Tout porte à le croire. Une chose est certaine, le pouvoir ne veut plus de certains partis dans le paysage politique.
Ils sont trop critiques et trop peu dociles. Au final, un retour vers l’hégémonie du parti unique dont le régime est si nostalgique. Les dirigeants du pays semblent ne vouloir tolérer que des partis acceptant leurs conditions électorales abjectes.
Déjà en 2021, le pouvoir de Faure Gnassingbé choisit les partis politiques avec lesquels il veut avoir des pourparlers. Son critère principal de choix étant la participation aux élections. Cela a été le cas lors de l’organisation de la Concertation nationale des acteurs politiques (CNAP). Les partis qui refusent de se soumettre aux diktats des élections frauduleuses sont considérés comme des empêcheurs de tourner en rond. Ils sont ostracisés et traités en parias. Vous vous soumettez, ou on vous dissout ! Tel est la voie imposée.
Bousculé dans ses certitudes par les gigantesques manifestations populaires de 2017/2018, le régime togolais a juré que cela ne se reproduirait plus durant son règne. Et il prend des dispositions très sévères pour donner corps à sa funeste volonté de détruire encore un peu plus des acquis démocratiques.
A cet effet, dès 2019 le régime togolais fait modifier la loi sur les manifestations, rendant quasiment impossible la jouissance de ce droit constitutionnel. Une interdiction pure et simple qui ne dit pas son nom.
Les rapporteurs du Comité des droits de l’homme de l’Onu s’emparent alors du sujet. Ils demandent au gouvernement togolais la relecture de la loi sur les manifestations. Ils écrivent littéralement que ces lois pourraient : « restreindre considérablement la jouissance des droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, et à la liberté d’expression ». Face à cette interpellation onusienne, le régime fait le dos rond et laisse les choses en l’état. C’est sans conséquence pour lui.
Plus tard, avec la crise sanitaire due au Covid-19, au motif de lutte contre la pandémie, le gouvernement togolais trouve une nouvelle occasion d’interdire formellement les manifestations publiques contestant sa politique.
Le pouvoir ne s’arrête pas en si bon chemin. Fin 2021, l’effet Covid connaissant un déclin après deux ans, le régime exploite grossièrement une autre opportunité pour bâillonner tous ceux qui contestent sa politique. C’est le terrorisme.
Pour parachever la neutralisation des partis refusant la docilité, en mai 2022 le gouvernement procède à la modification de la charte des partis politiques. Sous couvert de modernisation des conditions d’existence des partis, le régime resserre l’étau autour des finances des partis et exige l’organisation de congrès.
Parallèlement, les autorités créent un environnement hostile où les activités ordinaires des partis sont gravement entravées et même littéralement interdites. Ce qui ampute les partis de leurs prérogatives d’organiser des réunions publiques, de préparer des conventions ou de tenir des congrès.
Au Togo, tout ceci semble normal. Les dirigeants ayant leur propre conception de la démocratie qui exclut toute notion de rotation du pouvoir.
Cette vicieuse stratégie d’étouffement des partis est illustrative du fonctionnement d’un Etat pervers. Mais une telle approche n’aura d’effet que sur les organisations, pas sur le citoyen ni sur la motivation qui l’anime.
D’ailleurs, les Togolais aspirent de plus en plus à une lutte citoyenne. Celle qui ne s’embarrasse plus des contraintes et des divergences des organisations politiques ni de la société civile. Les Togolais veulent une lutte directement menée par les citoyens dans un mouvement populaire. Ils s’activent dans ce sens.
Si les autorités politiques dirigeant le pays veulent dissoudre des partis, qu’ils le fassent. Ils rendront service à la lutte. Cela facilitera davantage la construction de la lutte citoyenne.
Bonne année 2023 !
Gamesu
Nathaniel Olympio
Président du Parti des Togolais